9bf5d8a70adca0db671741d0d6b4cb96       Guy Debord est-il son oeuvre ?

Guy Debord, est l'intellectuel du ressentiment et de la pureté. Frédéric Schiffter, philosophe du pessimisme gai, nous dépeint, dans son livre "contre Debord", un philosophe atrabilaire, qui sacrifit sa pensée à ce que Clément Rosset nomme "la mystique de l'authenticité", laquelle, s'avère aussi conservatrice que révolutionnaire. Guy Debord toucha un grand nombre de "réactifs", qui ne se sont pas privés de récupérer et détourner la pensée du petit chef des situationnistes.
Comme le souligne Schiffter, la théorie philosophique du célèbre situationniste procède d'une vieille métaphysique. "Debord considère que l'être de ces contemporains, falsifié par la marchandise, se serait éloigné dans une représentation, condamné à ne revenir que sous les formes dégradées et dégradantes de l'avoir et du paraître. Quel fut au juste cet être ? Debord ne le précisera jamais ." Pour Schiffter, la pensée de Debord est un alliage savant de l'état de nature Rousseauilliste, de la théorie du fétichisme de la marchandise chère à Marx, de l'essence inversée de l'homme de Feuerbach, de la vision historique de Hegel... mais le plus intéressant dans la critique de Schiffter, c'est qu'il fait de Debord un digne successeur de Platon. Le pape des Situs ne ferait que singer à l'aide dune phraséologie assez lourde, le blabla des philosophes troublés par le réel : "des philosophes ne voulant pas voir le réel tel qu'il est, inessentiel, le recouvrent d'un double illusoire qui finissent par percevoir comme l'essentiel."

Exemple, avec Le mythe de la caverne : " Dans son allégorie de la caverne, Platon décrit la misérable condition de prisonniers condamnés à prendre le reflet de la réalité même. Envoûtés par la marchandise, interdits face à son "monopole de l'apparence", les spectateurs modernes -entendons : vous et moi, mais pas lui, Debord- subissent un sort analogue. Dans le monde "réellement inversé du spectacle", où s'immobilisent les destinées, tout ce qui existe prend l'inconsistance de l'apparence. A l'instar de la caverne Platonicienne, le spectacle est le lieu du "regard abusé" où se fabrique notre "fausse" conscience. Non seulemnt nous les captifs du spectacle, nous n'avons pas vu que "la première phase de la domination de l'économie sur la vie sociale avait entraîné une évidence dégradation de l'être en avoir" , mais, à présent, nous ne nous rendons aucunement compte que les résultats accumulés de l'économie, conduisent à un glissement généralisé de l'avoir au paraître. Pour Debord, les spectateurs que nous sommes devenus ne se définissent pas comme des hommes ayant perdu leur ombre, mais comme des ombres ayant rompu toute attache avec l'Homme."

Alain Finkielkraut consacrait son émission "Répliques" (1) du samedi 23 septembre 2006, à guy Debord, à l'occasion de la sortie de ses oeuvres complètes aux éditions Quarto de chez Gallimard.
Finkielkraut a bien des défauts, mais il possède une qualité : il ose inviter ses contradicteurs à sa table. Pour preuve, le samedi 23 septembre 2006, le philosophe recevait Guy Scarpetta (1), auteur d'un article du Monde diplomatique daté de septembre 2006, intitulé "Guy Debord, l’irrécupérable" et Philippe Sollers, écrivain.
En fin d' émission les invités abordent un texte inédit de Debord qui a pour titre "Notes sur la question des immigrés". Un texte iconoclaste qui laisse songeur sur la façon dont il serait perçu aujourd'hui par les adeptes de la moraline ambiante. La luette vous invite à le lire sur le site confrontation.

(1)
Ecouter l'émission Réplique : Guy Debord

(2)
Guy Debord, l’irrécupérable